5 bonnes pratiques pour éco-concevoir son service numérique

#Veille #Transformation digitale #Rencontre

4%, c’est la part que prend le numérique dans les gaz à effet de serre en 2019, selon le cabinet GreenIT.fr. Le Sénat a, par ailleurs, publié une étude en juin 2020 pour réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Celui-ci pourrait générer en 2040, 6,7 % des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que le transport aérien.

 

Alors comment optimiser ou concevoir son site web ou son application mobile tout en limitant la consommation d’énergie qu’il ou elle implique ? Nous vous livrons les 5 bonnes pratiques pour éco-concevoir ses services numériques.

 

Pour rédiger cet article, nous nous sommes appuyés sur l’expertise de Thomas Lemaire, développeur freelance et membre du collectif GreenIT.fr, Marie-Lorraine Chamla, consultante en webmarketing et spécialisée en éco-conception, ainsi que nos experts techniques chez Beapp.

 

Quels outils pour évaluer l’empreinte écologique de mon site ou application web?

 

Si vous avez un site ou une application web, vous pouvez d’ores et déjà le soumettre à un test. Cela vous permettra d’évaluer, en fonction des paramètres techniques, la taille de la page, le nombre de requêtes, la taille du DOM (l’interface de programmation), le poids des images et des vidéos… Cela vous donnera ensuite une analyse et une note environnementale et plus globalement, un ordre d’idée de l’impact de votre site sur les gaz à effet de serre et sur sa consommation d’eau.

Une fois votre “note” obtenue, vous pourrez alors mettre en place un certain nombre d’actions pour réduire votre empreinte numérique. 

 

Il existe aujourd’hui un site de référence : http://www.ecoindex.fr/. Cet outil a été conçu par le comité GreenIT.fr et dont une nouvelle version est en cours de développement.

Il vous suffira de copier coller l’URL de votre site, qui sera ensuite “audité”.

 

Vous pouvez également télécharger un plugin sur Firefox ou Chrome, se reposant sur ecoindex.fr, dénommé “ Green-IT analysis” dont voici le lien sous Chrome.

 

Enfin, le collectif Conception Numérique Responsable (qui est un collège de GreenIT.fr) a rédigé un livre des 115 bonnes pratiques de l’éco-conception web. Le livre dans sa 3ème édition avec des tests et des explications est disponible sur le site de la maison d’édition : la Librairie Eyrolles, mais vous pourrez aussi consulter très succinctement les 115 points sur le site de GreenIT.fr. Le site comprend, entre autres, un guide de conformité, une grille d’évaluation et les règles à respecter pour chaque outil.

 

Petit bémol, pour les applications mobiles natives, le sujet est plus complexe. En effet, il n’existe pas d’outil pour les scanner facilement et gratuitement. Cependant, le guide des 115 bonnes pratiques peut être utilisé et de nombreux points se recoupent. En solution payante, vous pourrez utiliser l’App Scan de Greenspector qui pourra analyser certaines métriques de votre application mobile, surtout sur la partie consommation électrique. Google et Apple ont aussi des guides de bonnes pratiques, plus orientés développement et sur la consommation de la batterie.

Côté Beapp, on vous en dit plus dans les mois à venir, mais nous sommes en train de travailler sur le sujet pour proposer à nos clients des solutions éco-conçus, et, de manière générale, pour réduire les impacts environnementaux des sites et applications que nous développons.

 

Concrètement, comment éco concevoir son app ou site web ?

 

Une grande partie du travail d’éco-conception intervient en amont, lors de la conception de son service numérique. Viennent ensuite le développement, les contenus à optimiser, et l’hébergement. A chaque maillon de la chaîne, il est possible de construire des solutions plus durables pour l’environnement.

 

 

1. Penser un produit raisonnable

« Une énorme partie du travail réside en amont, lors de la phase de conception. ” explique Marie-Lorraine Chamla.

En effet, le cabinet GreenIT.fr explique que les 3 mots clés de l’éco-conception sont : simple, pertinent et frugal. Cette notion est à prendre en compte tout au long du cycle de vie de son service. Lors de la phase de conception, les équipes marketing, UX, innovation et les architectes côté technique ont un grand rôle à jouer. Au-delà des expertises de chacun, ces acteurs doivent apprendre à travailler ensemble et de faire de l’éco-conception le fil rouge de leur projet, et ce à toutes les étapes de la conception.

 

 

A- En écoutant ses utilisateurs finaux

 

 

Thomas Lemaire nous conseille, avant tout projet, de sonder les usages des utilisateurs. Évident me direz-vous? Oui et non! Si la plupart des entreprises font appel à des panels d’utilisateurs en amont, c’est souvent pour comprendre leurs usages et leur soumettre de nouvelles fonctionnalités en test. Or, toutes ces fonctionnalités sont-elles réellement utiles et utilisées? Alors écoutez vos utilisateurs et leurs réels besoins et usages.

 

 

B- A travers la conception fonctionnelle

 

 

C’est ici aux équipes UX, métiers (marketing, commerces…) et aux architectes techniques qui vont concevoir l’application, de se limiter aux fonctionnalités essentielles afin, d’une part, de répondre aux attentes des utilisateurs et, d’autre part, de proposer un produit sobre, simple et efficace. Par exemple, parmi les 10 avatars proposés pour personnaliser son profil.Sont-ils tous utilisés? Et d’ailleurs quid de l’intérêt de cette fonctionnalité?

Marie-Lorraine nous rappelle d’ailleurs que 80% des fonctionnalités demandées par les utilisateurs ne sont jamais ou rarement utilisées (source : Exceeding value, Standish Group, 2014) . Au-delà des usages, les marques y voient souvent un moyen d’asseoir une image plus moderne, en proposant des choix toujours plus nombreux.

 

 

C- Penser mobile first

 

Même si cela devient une tendance due aux usages de navigation (plus de la moitié des internautes naviguent maintenant depuis leur smartphone et 4 internautes sur 10 utilisent exclusivement leur mobile pour surfer – voir source), penser mobile first est une démarche utile aussi pour l’éco-conception.

En pensant mobile first, on va limiter le contenu pour qu’il soit utilisable et acceptable sur petit écran, on va donc réduire automatiquement les impacts et la taille des contenus. En effet, si on pense navigation sur ordinateur, on mettra des images plus immersives, plus lourdes, des GIF, des roll-overs (un élément qui change au passage de la souris), qui n’auront pas d’intérêt pour un site mobile.

 

2. Favoriser la réutilisation d’anciens terminaux

 

Afin de bénéficier des dernières fonctionnalités proposées par les applications ou certains sites, on oublie souvent que cela nécessite des terminaux (ordinateurs ou téléphones) toujours plus puissants, sans parler d’une connexion réseau toujours plus rapide. Cela demande donc aux utilisateurs (nous tous) de renouveler leurs téléphones et ordinateurs plus souvent.

 

Sur ce sujet, la problématique n’est pas simple. D’un côté, on sait que les équipements pèsent lourd dans la balance de la pollution numérique. Dans certains cas, nous pourrions anticiper ce sujet dès la conception des applications et sites. Pourquoi, certaines fois, développer de nouvelles fonctionnalités nous semble pertinent ? Par exemple, lorsque, sur mobile, on utilise le TouchID ou le FaceID sur les derniers smartphones, cette option est-elle indispensable? Est ce qu’un code à saisir n’est-il pas tout aussi sécurisé? 

De plus, on sait que développer des fonctionnalités accessibles depuis des vieux terminaux joue aussi un rôle important pour l’inclusion numérique (l’accès pour tous au numérique, dont les personnes âgées ou les personnes n’ayant pas les moyens de s’acheter un smartphone).

 

D’un autre côté, les constructeurs poussent en majorité à l’utilisation des dernières versions des OS mobiles, rendant difficile l’utilisation de certaines apps sur des smartphones plus anciens. Les raisons sont nobles, en effet, la montée de version des OS et des applications sont souvent motivées par un renforcement de la sécurité, sujet ô combien important. Par ailleurs, supporter d’anciennes versions des OS sur mobile demande bien plus de temps et d’efforts aux développeurs. 

 

Enfin, pour investir dans un numérique plus propre, il faudrait une adhésion de tous les constructeurs et du marché de la technologie, pour que chacun à son niveau améliore sa chaîne de production. Les GAFAM ont annoncé avoir déjà entamé un gros travail sur le sujet, comme Google et Apple qui viserait le zéro carbone d’ici 2030, ou encore Microsoft qui s’engagerait à réduire drastiquement ses émissions. Côté constructeur, on peut saluer la création du Fairphone, smartphone qui se veut durable et peu onéreux. Chez Apple, on peut saluer l’ouverture d’un laboratoire dédié au recyclage de ses iPhones. Effet d’annonce ou réelle volonté de la part des GAFAM, on note quand même que le sujet n’est pas pris à la légère.

 

3. Optimiser sa façon de développer

 

Côté développement (dont l’architecture), il y a aussi des bonnes pratiques à adopter, côté mobile et web. Par exemple, compresser, réduire la taille des feuilles de style (CSS), réduire la taille des images, des java scripts, utiliser du cache quand des données ne bougent pas beaucoup (sans le surcharger) car cela réduira les appels réseau et serveur et évitera de faire des requêtes trop gourmandes. Dans le cas où les requêtes seraient complexes, il y a des moyens de les optimiser pour utiliser au mieux les outils (à travers les procédures stockées).

Par ailleurs, il vaut mieux axer son développement sur la construction de services et un déploiement en serverless. On déploie alors le code sur une plateforme qui s’occupe de l’exécuter de manière optimale, sur les ressources disponibles. L’avantage? La mutualisation et l’optimisation poussée des ressources, réduisant ainsi les besoins des serveurs physiques (et donc en matières premières, énergie, etc). 

 

 

4. Choisir (si possible) un hébergement responsable

 

Vous avez conçu un site internet qui coche les cases de l’éco-conception? Génial ! Mais cela n’est pas terminé, il vous faut maintenant l’héberger chez un hébergeur de confiance et engagé dans une démarche responsable. Vous pouvez privilégier une société qui utilisera majoritairement des centrales hydro-électriques pour alimenter ses centres par exemple, c’est le cas d’Infomaniak en Suisse. En France, OVH est très moteur sur l’éco-conception de leur datacenter via un circuit de refroidissement à eau fermée.

 

5. Réduire la taille et la quantité des contenus

 

C’est sûrement l’élément qui paraît le plus évident quand on pense éco-conception. Professionnels du marketing (dont la communication), c’est à vous que s’adressent principalement ces quelques lignes. A l’ère du content sous toutes ses formes, la première question à se poser est l’intérêt réel du contenu qu’on a à proposer. Combien d’entre-nous avons déjà publié un article creux dont on aurait pu se passer? “Produire du contenu oui, mais moins et de qualité!” nous rappelle Marie-Lorraine Chamla. C’est là votre prochain défi. Qui plus est, cela peut aussi jouer en faveur de l’image de votre marque.

La taille et la quantité des contenus vidéos, audio, images que vous uploaderez sur votre site fera donc nettement pencher la balance entre polluant ou non!

 

Pour la partie vidéo, elle représente 80% du trafic Internet en France (source) et est toujours en croissance. Alors comment produire du contenu vidéo, demandé par les internautes, en réduisant ses impacts environnementaux ? Il existe un outil, HandBrake, gratuit et open source, qui permet de compresser vos vidéos, tout en conservant leur qualité. Idéal pour vos réseaux sociaux!

Par ailleurs, à vous de vous demander si vous avez vraiment besoin du format vidéo pour vos communications. Par exemple, est ce qu’un podcast ne pourrait-il pas suffire ? 

 

Pour vos images, réduisez un maximum le poids et la taille à travers des outils tels que photoshop ou encore l’aperçu sur les Mac.

 

 

 

 

Voici donc quelques bonnes pratiques de l’éco-conception de services numériques. La prise de conscience doit se faire collectivement et à tous les échelons des acteurs de la tech.

“L’idée est de trouver comment faire mieux avec moins” nous rappelle Thomas Lemaire. Pour ceux qui resteraient sceptiques, sachez qu’en prime, Google référence mieux les sites éco-conçus que les autres. Pourquoi? Car ils sont plus performants et moins lourds!

Si cela vous intéresse de vous former, le collectif GreenIT.fr propose différentes formations pour différents corps de métier. Vous pourrez retrouver les formations certifiées sur leur site

“C’est à travers l’intelligence collective et l’émulation de tous que nous y arriverons” conclut Thomas Lemaire. A vous de jouer donc 😉

Si le sujet de l’éco-conception vous intéresse, retrouvez notre contenu audio sur l’éco-conception numérique, en présence de Thomas Lemaire de GreenIT et Walter Bouvais, co-fondateur d’Open Lande : un échange passionnant entre deux passionnés.

Nous sommes également à votre disposition pour éco-construire votre prochain site ou application mobile, contactez-nous!

 

 

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